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  • Théâtre
26 février 2019

Olivier Cadiot, défenseur d'un "vrai partage de théâtre"

L'écrivain était l'invité de Mots en scène à la SACD le 14 février dernier. Lui qui se défend d'écrire des pièces, a vu nombre de ses textes adaptés pour la scène par la même équipe. Il est revenu longuement sur cette fructueuse collaboration.

Dramaturge, poète, librettiste, adaptateur... Les étiquettes, Olivier Cadiot s'en défie. Invité d'Olivier Barrot pour un numéro de Mots en scène, le rendez-vous de la SACD consacré à l'écriture pour la scène, il a commencé par réfuter chacune de ces dénominations, acceptant tout au plus de se considérer comme écrivain. Même le théâtre pour lequel il est connu demeure pour lui une expérience étrangère, et il s'en est largement expliqué en revenant longuement sur ses collaborations régulières avec le metteur en scène Ludovic Lagarde et le comédien Laurent Poitrenaux. 

A ses débuts, il s'essaye à la poésie et bien avant que cela devienne répandu, la pratique sur scène, sous la forme de lectures. Mais de cette forme littéraire, il se détourne vite. Librettiste ? "Je l'ai fait une fois", minimise-t-il. C'était en 1989, pour Roméo & Juliette, une commande de Pascal Dusapin. "J'avais écrit un livret délirant en oubliant la musique, un opéra de mots que je pensais drôle, rythmé. Avec la musique, Dusapin en a fait quelque chose de sérieux, un vrai opéra. J'ai compris que je n'étais pas plus fait pour l'opéra que pour la poésie."

"Ecris un roman, on le fera au théâtre" 

Avec le théâtre proprement dit, le premier contact sera infructueux mais déjà sous le patronage de Ludovic Lagarde. "Il avait entendu ma poésie lors d'une lecture. Il m'a commandé une pièce qui ne s'est jamais jouée, pas terrible, lourde, alors que ça se voulait conceptualo-léger." L'expérience aurait pu s'arrêter là. Mais Lagarde a alors "une idée de génie" de l'aveu de l'auteur : le laisser passer par une autre forme dans laquelle il est plus à l'aise. "Ecris un roman, on le fera au théâtre" lui suggère Lagarde. Ce sera Le Colonel des Zouaves, un texte pour lequel Cadiot ne mâche pas le travail de ses futurs adaptateurs : il livre un monologue polyphonique, "un truc inmontable" que Lagarde et son comédien Laurent Poitrenaux n'ont d'autre choix que de transformer radicalement, travaillant avec l'IRCAM et un écho-acousticien pour élaborer un dispositif scénique sonore capable de restituer les innombrables voix. "Ils accouchent de cet objet qui n'est ni une pièce de théâtre au sens strict, ni un livre ouvert, ni une lecture, ni un exercice de poésie sonore, ni une performance... quelque chose de réconciliant." Et même éclairant sur son propre travail pour l'auteur : "Etre monté par des gens de cette qualité, c'est comme une psychanalyse d'auteur. Au bout de 100 représentations, vous commencez à comprendre votre texte. C'est un vrai partage de théâtre." 

Sur le travail de Laurent Poitrenaux, il n'est qu'éloges : "Il a un corps flexible et fait un truc à la fois virtuel et très physique, qui le fait terminer en sueur. Il souffre en ne faisant rien, il phrase le texte comme une danseuse indienne, il fait des ombres chinoises, il opère un délai/relais par rapport à la littérature. J'enfonce des portes ouvertes mais il livre tout simplement une dramatisation du roman." Après avoir lu un extrait du Colonel des Zouaves à la demande d'Olivier Barrot, Olivier Cadiot a adressé un dernier hommage au comédien : "Je n'ai pas relu ce texte depuis 25 ans, et à peine ouvert le livre, j'ai entendu sa voix..." 

"Un désir de clarté"

Sur son écriture et le processus qui l'y mène, Olivier Cadiot explique travailler longuement et lentement : "Je travaille sur beaucoup d'états et d'étapes. Je passe mon temps à amender mon texte pour le rendre le plus clair possible. Je viens d'une génération pour qui l'opacité était une valeur. Moi je suis animé par un désir de clarté. Je travaille à préciser les choses." Drôle d'expérience dès lors, que de voir ce travail d'orfèvre manipulé par Lagarde et Poitrenaux pour le passage à la scène : "Quand il se saisissent du texte, ils le passent à la moulinette. Parfois devant moi, histoire de bien me faire souffrir", s'amuse Olivier Cadiot. "Ils taillent dedans, en gardent en général à peu près la moitié mais c'est comme les vers de terre, vous coupez, ils bougent encore. Le théâtre prend ce dont il a besoin, ils font leur marché dedans, laissent certaines choses qu'ils peuvent faire passer avec le corps et je n'ai pas de susceptibilité d'auteur."    

"Mais un jour vous allez bien finir par écrire des pièces de théâtre, non ?", a quand même voulu savoir Olivier Barrot. "J'en rigole souvent, mais je n'y crois pas. Je ne sais pas écrire pour la scène. Je ne sais pas me représenter des scènes. De la même manière, je ne pourrais pas écrire de scénario car je suis incapable de penser une image qui n'existe pas."  Finalement pour trouver en librairie une pièce signée Cadiot, il faut se tourner vers une traduction qu'il a réalisée de La Nuit des Rois de Shakespeare, à la demande de Thomas Ostermeier. "Je l'ai faite publier celle-là, car je voulais en être responsable. C'est conflictuel Shakespeare, il y a de la place laissée à l'interprétation." Lui a choisi la prose car estime-t-il : "Il n'y a pas de vers français pour accueillir le vers shakespearien. Cela donne un effet archaïque, un sérieux et un grotesque qui n'est pas fidèle au texte. Avec la prose, on ne peut pas se planquer derrière la forme, il faut désornementaliser." Une expérience qui l'a changé plus qu'il ne le pensait : "J'ai passé un an à ne faire que ça. Il faut se sacrifier, donner la même énergie que l'auteur du texte original. La traduction, c'est un texte français, il faut l'écrire. Cela m'a donné envie de formuler."

A noter cet heureux hasard de calendrier : il sera très bientôt possible de réentendre Laurent Poitrenaux interpréter Le Colonel des Zouaves d'Olivier Cadiot sous la direction de Ludovic Lagarde. Ce sera à la MC93 à Bobigny les 4, 5 et 6 juin prochains.  

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